J'espère que vous avez tous passé de bonnes fêtes, et avez attaqué la nouvelle année avec motivation et entrain. Comme me disait une amie, la nouvelle année, c'est l'occasion d'aller de l'avant, de faire le ménage dans sa vie et de repartir sur de bonnes bases. C'est donc ce que je compte faire.
La question existencielle de la semaine est : Beigbeder* a-t-il raison ?
Rapport à mon titre. Ceux qui ont lu le livre comprendront tout de suite, pour les autres, il s'agit en gros de se demander si tout amour est voué à l'échec à plus ou moins long terme (une thèse que pas mal de mes amis semblent soutenir ainsi que les anti-mariage et les pro-concubinage en général).
Cette semaine donc, j'ai beaucoup réfléchi à la notion de couple et de durabilité d'un couple.
Qu'est-ce qui fait que certains couples durent alors que d'autres se déchirent ? Que des gens qui s'adorent en arrivent à s'entre-tuer, tandis que d'autres ayant des sentiments tièdes vivent très bien ensemble ?
Et surtout pourquoi y a-t-il tellement plus de divorces aujourd'hui qu'il y a même 30 ans ? Je ne pense pas que les gens s'aiment moins. Je pense qu'ils s'aiment différemment.
J'ai lu des articles, surfé sur des sites de psychologie, de sociologie, de philosophie, de philatélie, de jardinage, de tricot, et ça m'a ouvert des perspectives très intéressantes (en plus, on dort moins bête). Je les livre car apparemment, mes articles se voulant "universels" sont appréciés (merci Ada !^^), alors je me permets d'y aller gaiement...
Depuis notre plus tendre enfance, nous sommes abreuvés d'images de couples idéaux, d'histoires d'amour merveilleuses, aussi bien dans les contes de fées, qui nous font croire que le prince charmant existe et qu'il viendra nous délivrer d'un langoureux baiser, même si on n'est qu'une soubrette... que plus tard, dans les séries télé, les romans à l'eau de rose, les films (les comédies romantiques sont à ce titre dangereuses), ou même les publicités (de café, parfum...).
On parle d'âme-soeurs, de gens qui sont faits l'un pour l'autre, de Mister Right (pour les filles)...
Du coup, si notre couple ne ressemble pas à ces images idéales, on peut avoir l'impression de ne pas être avec la "bonne" personne. D'ailleurs, si les couples se séparent, c'est parce qu'à un moment, ils pensent ne plus être avec la bonne personne. Parfois légitimement d'ailleurs (s'il y a violence, abus, désamour) mais parfois simplement par paresse (ou égoïsme, immaturité).
Et là, je m'en référe au psychologue belge Salomon Nasielski (ce n'est pas parce qu'il est belge que vous devez douter de sa probité). Selon lui,
l'alchimie entre deux êtres ne dépend pas tant du « qui est avec qui » que du « comment chacun est prêt à s’investir dans la relation ». Je cite :
" Pour qu’un couple fonctionne, il ne s’agit pas de penser : « Je vais trouver l’âme sœur et ça va marcher », mais : « Je veux que cela marche et je vais trouver comment faire. » Pour reprendre une expression belge, un couple, c’est du « se faisant ».
Tout reste à faire, rien n’est jamais acquis. L’idée qu’Untel serait fait pour tel type de personne et Untel pour tel autre est aussi invraisemblable que dangereuse à défendre, car cela inciterait à se déresponsabiliser : « De toute façon, ça ne pouvait pas marcher, tu es Cancer et moi Gémeaux » ; « Tu es comme ceci et moi comme cela »… Autrement dit, de nombreuses personnes peuvent faire le « bon partenaire » ! Ensuite, la réussite de la rencontre dépend du prix que chacun est prêt à payer pour garder l’autre auprès de soi. "
Et c'est le plus important. Ce qu'on est prêt à donner pour la relation, les efforts, les concessions, les remises en question. Les douleurs aussi. Les renoncements.
Quand on rencontre quelqu'un et qu'on tombe amoureux, il y a la première période, celle des films, où on s'aime à la folie, où on est gagas, et les défauts de l'autre deviennent même adorables, sans importance... et surtout où on fait mille efforts pour plaire. C'est la meilleure période, la plus heureuse, mais aussi la plus superficielle. Elle peut durer de quelques mois à quelques années, mais elle ne dure jamais éternellement. Quand elle cesse, en général, c'est la crise, la désillusion, parfois pour certains la rupture. Les amoureux n'ont plus leurs lunettes roses et commencent à s'irriter des défauts de l'autre, de la moindre petite chose (les chaussettes qui traînent, la vaisselle pas faite...), ils ne font plus d'efforts, sont fatigués... Cela crée des tensions et des mésententes qui peuvent faire croire qu'ils n'ont plus rien à faire ensemble, qu'ils se sont trompés.
Et pourtant...si le couple sait surmonter cette "crise" ou ce changement, la fin de la lune de miel est exactement le moment où la relation peut passer du stade primaire superficiel à un stade plus profond où on connaît mieux l'autre, où on est plus vrai. En quelque sorte passer du stade "coup de foudre" (c'est si facile d'aimer quelqu'un dont on ne voit pas vraiment les défauts) au stade de l'amour vrai (aimer l'autre malgré ses failles, ses faiblesses, ses manques, malgré le fait qu'il ne soit pas cet idéal utopique...). C'est passer d'une relation immature à une relation mature.
Souvent aussi, ce qu'on reproche à l'autre, c'est ce qu'on n'arrive pas à accepter en soi. On projette sur l'autre toutes nos frustrations, nos manques, nos névroses. Et au final, on en vient à le détester, alors que c'est exactement le même qu'au début. (les gens changent rarement fondamentalement)
Le phénomène de lunettes roses serait dû à un processus chimique (!) par lequel une certaine hormone serait secrétée pendant la 1ere année suivant la rencontre qui créerait cet état d'euphorie et d'enthousiasme. Lucy Vincent, une neurologue, nous l'explique :
"L'amour peut durer toute la vie, mais à la fin de la phase d'amour fou, quand on ne bénéficie plus de tous les ajustements cérébraux qui rendaient l'autre irrésistible, il se produit une sorte de réveil. Ceux qui ne connaissent rien à la neurobiologie de l'amour se disent alors « zut, je n'ai pas trouvé le bon, je me suis trompé ». Ils ont l'impression d'avoir été floués, accusent l'autre d'avoir dissimulé ses défauts. Or il s'agit là seulement de la fin du processus d'addiction. Le cerveau reprend son cours normal et retrouve ses capacités de jugement."
Beaucoup de couples actuels s'éloignent ou rompent une fois que la lune de miel est finie, ou bien sans avoir tout fait pour que ça marche. C'est la société qui veut ça, on est dans le fast, le vite consommé, le temporaire, le virtuel, la génération du zapping. (oui, c'est un peu lapidaire mais c'est quand même vrai)
Alors qu'il y a 30 ans, les gens ne voyaient pas la séparation comme une alternative (c'était mal vu socialement, et puis, il y avait l'importance de la religion...) et donc ils faisaient en sorte que ça marche. Et ça marchait.
Attention, je ne suis pas en train d'idéaliser le passé par rapport au présent, je vis avec mon temps et il y a bien des choses du passé qu'on peut déplorer (mariages arrangés, par exemple, ou sans amour). J'essaie juste de comprendre.
Il y a aussi le fait que de plus en plus, on donne une mission impossible à l'amour : on attend de lui qu'il nous rende heureux, nous épanouisse, nous libère de l'ennui, comble tous nos besoins et nos manques.
C'est sûr qu'avec de telles exigences, on ne peut qu'être déçus. D'ailleurs, les gens qui n'arrivent pas à être heureux par eux-mêmes (en étant seuls) sont ceux qui ont le plus de chances d'échouer en couple car ils rendront l'autre responsable de leurs malheurs et ne penseront jamais avoir trouvé la bonne personne, celle qui les comblera sur tout et ne les contrariera jamais (ce qui est impossible). Car les disputes font partie intégrante de la vie de couple, et leur absence serait même suspecte.
En résumé, ce n'est pas tant la personne en face de nous qui fait que ça marche mais ce qu'on fait de cette relation. C'est plutôt une bonne nouvelle, non ? C'est plus rassurant que les sinistres statistiques d'un divorce sur trois mariages qui feraient croire que la séparation est inéluctable malgré tout l'amour du monde et qu'on n'y peut rien, c'est comme ça.
Bien entendu, il faut que ce soit symétrique. Jamais une relation ne marchera si les efforts et la volonté ne se trouvent que d'un côté de la relation. Et si c'est le cas, on est en droit d'abdiquer et d'aller voir ailleurs.
En somme, il ne faut pas être passif mais créatif, et créateur de notre bonheur, ne pas tout attendre de l'autre et de l'amour. Et du mariage.
John Gottman, fondateur d'un centre expérimental de recherche sur le couple (ils doivent bien s'amuser, ça m'aurait bien dit de faire une thèse sur l'amour^^) a concocté un test pour évaluer la durabilité d'un couple.
D'après lui, les 7 questions à se poser sont les suivantes. Si la réponse est en majorité oui, le couple est solide. Si non, gare...
1. Nous intéressons-nous à la vie de l’autre ?
2. Avons-nous du respect et de l’admiration l’un pour l’autre ?
3. Avons-nous envie de partager des émotions ensemble ?
4. Sommes-nous prêts à nous laisser influencer l’un par l’autre, à accepter de céder du terrain sur certains domaines, à en gagner sur d’autres ?
5. Sommes-nous capables de résoudre des conflits mineurs ?
6. Sommes-nous prêts à revoir nos positions pour dépasser un conflit ?
7. Avons-nous la même conception de la vie et de notre avenir ?
Bon, je réalise que cet article n'est pas très marrant, en plus il n'est pas si universel que ça puisqu'il concerne les couples "sérieux" qui cherchent à exister dans la durée... Encore que... Ces réflexions valent pour l'amour au sens large, c'est à dire, l'amitié, les relations familiales et filiales (parents, frères et soeurs, cousins, etc.)... Donc tout le monde peut se sentir concerné, à moins d'être un ermite, un orphelin ou un cas social. Mais dans ce cas, je ne vois pas ce que vous faites sur ce blog... :P
* (je précise que je ne suis pas du tout fan de cet auteur et de ce livre, c'est juste qu'il collait parfaitement à mon article^^)
De vous à nous